American Airlines

American Airlines
Thierry Brun, Editions Kubik, American Airlines
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mercredi 24 août 2016

Meilleur Roman noir sur l' Ennemi.



Ennemi








Un homme seul dans un aéroport.

Son avion pour Barcelone a du retard.

Il lit…

Un autre homme l'aborde.

C'est le début d'un combat où les mots sont des armes acérées.

 


"Cosmétique de l'ennemi" est traversé par le suspens, l'insolite, le baroque, le surréalisme, l'humour noir et aborde avec drôlerie et sarcasmes des thèmes existentiels tels que le rapport à l'autre (avec toutes ses variantes) mais également l'autre qui est en nous, l'ennemi intérieur.

 


Amélie Nothomb dit d'elle-même qu'elle est dialoguiste, le dialogue étant pour elle : "un genre bien à part à mi-chemin entre le roman et le théâtre".


 



"Coincé dans un aéroport alors qu'il s'apprêtait à embarquer pour Barcelone, l'homme d'affaires Jérôme Angust se voit contraint de supporter, en plus du retard de son avion, la logorrhée d'un étrange individu, bien décidé à lui imposer le récit de sa vie;  Qui est donc ce Textor Texel qui le harcèle ?  Pourquoi ce raseur au passé trouble a-t-il jeté son dévolu sur lui ?  Et si, finalement, cette rencontre n'était pas tant le fruit du hasard que l'objet d'une préméditation diabolique destinée à l'anéantir ?"



 
 
"C'est à une conversation que nous assistons, échangée entre deux hommes dans la salle d'attente d'un aéroport. Jérôme Angust y est abordé par un inconnu, Textor Texel. Ce dernier, malgré la fraîcheur qui l'accueille, s'incruste auprès du premier et commence à lui raconter sa vie : son meurtre par procuration d'un camarade de classe, jadis, son goût de la nourriture pour chats, son viol d'une jeune femme dans un mausolée du cimetière Montmartre puis son assassinat, des années plus tard. Aucune confidence ne sera épargnée à notre homme d'affaires, ni les faits ni leurs motifs, sans oublier les démêlés intérieurs de son raseur avec la foi religieuse, puis cette maladie de la culpabilité qui semble préexister chez lui à toutes les monstruosités dont il dresse le catalogue, jusqu'à son interprétation du jansénisme… "


"Quand on est destiné à devenir un coupable, il n'est pas nécessaire d'avoir quelque chose à se reprocher. La culpabilité se fraiera un passage par n'importe quel moyen. C'est de la prédestination."


"En 140 pages, Amélie Nothomb nous restitue cette conversation ininterrompue, les joutes qui surviennent entre les deux hommes, les protestations révoltées de la victime (Angust) et le plaisir quasi extatique de l'ennemi (Texel). La morale outragée contre l'immoralité la plus morbide. Et le plus dérangeant, dans tout ça, c'est la façon tout aussi convaincante qu'a chacun de défendre son idée du bonheur. Le droit chemin pour l'un et la marge pour l'autre. Chacun y va à l'occasion de ses formules apprises, de ses citations hautement philosophiques, n'hésite pas à citer Lu Xun, Pascal ou Spinoza, si besoin, à l'appui de sa profession de foi. Un gentil fourre-tout de notions inépuisables comme on n'en voudrait pas au café du coin."


"C'est toujours drôle de voir comme l'homme s'arrange bien de ses problèmes de conscience, quel sérieux il est capable d'observer pour se mettre en paix avec lui-même. On en a ici un exemple vivant. C'est tout le charme de cette conversation.



"On admirera l'art consommé d'Amélie Nothomb, cette méchante gourmandise dont elle fait toujours preuve quand elle aborde les sujets les plus scabreux comme en s'en jouant, ce ton qui n'appartient qu'à elle, à la fois railleur et apitoyé, et qui nous fait sans cesse osciller entre l'horreur et l'enchantement, le grotesque et le sérieux, comme si, en fin de compte, l'important était de rire de nos illusions avant d'avoir à en pleurer."
Didier Hénique

Source : www.theatre-contemporain.net/dossiers_de_presse/cosmetique

 

samedi 13 août 2016

Viol Ordinaire.


Répression et Oppression





Issu d'une thèse doctorale, le remarquable ouvrage de la sémiologue québécoise Pascale Noizet sur les romans sentimentaux, de Pamela ou la vertu récompensée au "phénomène Harlequin", nous introduit à une analyse matérialiste de l'idée moderne d'amour. 

 



Le moins que l'on puisse dire est que l'on ne ressort pas indemne de la lecture de son travail. L'amour "qui n'a pas de sexe", l'amour "qui fait tourner le monde" —naturel, éternel, inquestionnable— est ici découpé au scalpel, décortiqué avec minutie et réduit à sa plus simple expression : à ses fonctions matérielles dans l'organisation des rapports sociaux de sexes.




            S'appuyant solidement sur l'hypothèse féministe que "l'amour est un des noyaux fondateurs de l'oppression des femmes" et que "les femmes ne s'oppriment pas toutes seules", Pascale Noizet analyse ici l'organisation de l'intimité amoureuse du rapport hétérosexuel.





            Dans une première partie, l'auteure se penche sur le premier grand roman psychologique sentimental : Pamela ou la vertu récompensée (1740), de l'anglais Samuel Richardson. Écrit au moment où l'Angleterre amorce sa révolution industrielle, il apparaît comme le roman canonique d'une tradition narrative qui glisse subtilement du pathétique au didactisme. 





L'héroïne en est une jeune servante vertueuse qui résiste aux avances sexuelles de son "jeune maître". Séquestrée, enlevée et subissant même une tentative de viol, elle se montre si ferme que son maître se repent et lui présente ses excuses. C'est alors qu'elle tombe amoureuse de lui : après moultes péripéties, ils se marient finalement, par amour —rompant ainsi le modèle du mariage de convenance. 





L'auteure montre de façon saisissante comment le harcèlement sexuel de Pamela se déroule dans un lieu littéraire —et matériel— extrêmement hostile, approprié par l'homme, de surcroît d'une classe dominante. On voit alors à quel point le contrôle de l'espace est un élément clé du contrôle social des femmes. 

Elle analyse ensuite de manière passionnante comment  ce roman inaugure une nouvelle construction sémantique —et un nouveau modèle— de l'intériorité féminine. Elle montre enfin comment l'émergence du sentiment amoureux engendre un personnage féminin problématique, fragmenté, confronté à l'absurde : aimer l'ennemi. 





"Nous avons là", dit-elle, "l'une des fonctions essentielles de l'amour, à savoir effectuer un brouillage de la relation dans laquelle il prend forme". Replaçant le roman dans son contexte matériel, l'auteure montre comment l'idée d'amour qu'il invente accompagne l'évolution historique : "l'amour apparaît comme étant le signe qui assure la cohésion entre deux états, dont l'un s'inscrit dans une société préindustrielle d'ordres et l'autre dans une société industrielle de classes de sexes". 

Plus, il est : "un des principes organisateurs d'un nouvel ordre social et de la façon dont il réalise son parcours répressif". Apparu sous une forme démiurgique —ensuite naturalisé— l'amour "richardsonnien" inscrit pour plusieurs siècles le modèle de la relation amoureuse au sein d'un rapport de force, un antagonisme de classe de sexe.





La suite ici : https://julesfalquet.files.wordpress.com/2012/06/f147-cr-nqf-noizet.doc