American Airlines

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Thierry Brun, Editions Kubik, American Airlines
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jeudi 7 mai 2020

Boojum, Magazine Littéraire. Ce qui reste de candeur, entretien avec Thierry Brun

Boojum, le magazine de la culture sous toutes ses formes, de la série Tales from the Loop aux travaux de l'historienne Marie Boutier-Bitan, propose un entretien avec Thierry Brun pour la publication de son roman, Ce qui reste de Candeur, éditions Jigal.

 

Extraits

Loïc Di Stefano:

"Ce qui reste de candeur est d’abord l’ancrage de l’humain dans la noire tourmente d’un témoin protégé, si peu protégé… C’est une ambiance, poignante, servie par une écriture acérée, sèche, qui ne négocie rien.

Thierry Brun, dans ce roman tant attendu, montre combien il maîtrise l’art d’aligner tous les poncifs et de les tordre un par un. Thomas est installé dans un rôle et très tôt on sait qu’il est voué à mourir. Et chaque pas qu’il fait est une avancée vers cette issue. Et pourtant, en même temps, chaque étape franchie laisse entrevoir un peu de lumière, à laquelle s’accrocher pour continuer à vivre, malgré tout."


LDS : Le récit est à la première personne, comme en immersion. Pourquoi choisir ce temps très personnel ? 

 

"Quand l’évidence de l’intime est là, on ne se pose pas de questions. Thomas Boral ne pouvait vivre à la troisième personne. Il n’y aurait aucun regard extérieur. Ce serait pulsionnel, sans aucune analyse. Rien n’est vraiment expliqué, on découvre peu à peu les ressorts de l’histoire, la psychologie des personnages. Tout passe par Thomas. Ce qu’il est apte à comprendre, ce qui n’est pas dit, dans les silences, les ellipses. Il n’entend pas bien, pas tout. C’est un homme ordinaire. Il n’a rien de ces personnages de fiction capables de recul sur ce qu’ils vivent et d’en tirer des conclusions qui vont les tirer du mauvais pas. Il avance comme il peut et trébuche. Il est attiré par les gens bizarres. Thomas en mode Jese fait avoir, n’est pas plus malin que son voisin. Il va vers des choses qui peuvent paraitre négligeables dans un roman policier, mais terrifiantes en profondeur : les sentiments, les relations qu’entretiennent les gens entre eux, les hommes et les femmes, C’est la vraie vie" 

La suite de l'entretien est à découvrir ici :

Entretien Boojum


dimanche 15 mars 2020

Interview IDFM Radio Enghien 98. Ce qui reste de Candeur, Jigal Polar, Thierry Brun

Thierry Brun est selon moi, un auteur de polar noir, pas assez connu. Sans être des intimes, nous nous connaissons un peu car nous nous sommes déjà entretenus ensemble sur les ondes d'IDFM Radio Enghien 98 pour parler de ses écrits.. C'est une belle plume et un homme discret et cordial.

Avec beaucoup de bienveillance, il a accepté de se prêter à l'exercice de l'interview.

partons tout de suite à la découverte et de l'auteur Thierry Brun et de son 4ème roman "Ce qui reste de candeur" paru en Février 2020 aux Editions Jigal Polar de Marseille.

Carmen Gimeno.


Questions - réponses :

⦁ "Bulles & Polar" : Thierry, je vais m'attacher quelques instants sur la couverture du roman ; on y voit un homme qui on peut l'imaginer de par sa position part à la renverse. Les questions qui peuvent se poser…sont.... cet homme, est-il déstabilisé ?…si oui…par qui par quoi ? ou bien lâche-t-il totalement prise...est-il fataliste…résigné ? …je ne demande pas de réponse précise Thierry....par contre…vous pouvez nous donner quelques indices ? .....et nous dire qui est à l'origine de cette belle couverture ?


⦁ T.B : Dans mes échanges avec Jimmy Gallier, l’éditeur, nous avons rapidement évoqué que Thomas Boral est arrivé à un moment charnière de sa vie. Il ploie sous son passé et sous la violence mais ne rompt pas, il est encore debout mais à la limite, proche de la rupture et aussi, paradoxalement, plus proche de l’humain qu’il ne le croit. Il est certainement tout, mais ni fataliste, ni résigné, il s’accroche aux petites choses du quotidien, il entretient son corps, il y a encore quelque chose en lui qui le pousse à se rendre utile. Il est aidant, comme on dit. En prenant la décision de porter secours à un des personnages, il fait sauter un verrou, il reprend son destin en main.

Pendant un temps, nous avions pensé à une couverture qui évoquait un saut dans le vide, certainement fatal, mais avec un visuel ludique, un plongeoir incongru au bord d’un ravin.

Quant au choix définitif, il a appartenu à l’éditeur. Le choix des couleurs et de ce sfumato (technique picturale), par exemple.


⦁ BetP : Thierry, le personnage principal c'est Boral....Thomas Boral…et il parle à la 1ère personne.... Pourquoi ce choix ?


⦁ T.B C’est si transparent que ça ? Bon, c’est délibéré, j’avoue. Mais vous êtes la première personne à l’évoquer.

Thomas vient de l'araméen " Te'oma " c’est " Jumeau ". Thomas, prénom que j’ai utilisé dans mon premier roman "Surhumain" et que j’ai retrouvé ici, qui s’est imposé dès les premiers mots, les deux chapitres d’introduction de "Ce qui reste de candeur".

J’ai compris que je ne me cacherai pas derrière un personnage totalement fictif. Ce qu’il ressentait, son passé, l’état d’esprit de cet homme dans son auto, à souffrir de la chaleur, coincé, brisé par la fatigue et ce qu’il avait vécu les mois avant son arrivée dans cette région, m’appartenait. C’était moi dans les mots et les impressions. Ses troubles, ses manquements, ses pulsions, sa capacité à supporter le joug et la coercition, son besoin d’éprouver son corps et son esprit ont construit ce que je suis. Alors, j’ai décidé de tracer ce sillon. Et tout est venu naturellement dans une écriture fluide et sans fard. Mais je m’en suis tenu au personnage.

Je n’ai pas livré Thierry. Ce sera le cas dans un prochain roman.


⦁ BetP : "Ce qui reste de candeur" est un roman où la psychologie de tous les personnages est finement décrite. Les personnages secondaires qui gravitent autour de Thomas Boral sont essentiels au récit et si Thomas, le voyou repenti est le personnage masculin phare…Delphine est son pendant…et peut-être le supplante-elle…Qui est Delphine, Thierry ?


⦁ T.B. Elle est le personnage principal de ce roman. Elle aurait pu s’appeler Thomas, - le double, encore-. Delphine est sa part d’enfance et d’adolescence qu’il a occultée et en qui il se retrouve. Elle raisonne en lui, en tout, c’est l’amour d’enfance perdu, la sœur des foyers, la chair et l’esprit maltraités, violés. Ce personnage tient une place particulière dans mon cœur. Delphine est l’enfant en manque de tendresse, qui n’a trouvé que la séduction pour exister et devient à son corps défendant une adulte en perte de repères qui détruit tout autour d’elle, comme une planète aspirant tout l’oxygène. Un soleil. Et, comme le soleil, elle peut réchauffer comme elle peut brûler. Mais, elle est aussi le plus grand soutien de Thomas.

Delphine est une amie qui a eu un parcours similaire mais qui vit bien son passé, qui en a fait quelque chose. Il lui aura fallu du temps, mais c’est consolidé. Elle est un pilier.


⦁ BetP : La violence est omniprésente dans ce roman…violence des sentiments, violence des éléments dans cette région de la Montagne Noire et bien sûr, violence des hommes. Cette violence s'exprime par vos mots, votre style qui va droit au but avec tout de même quelques belles phrases poétiques qui figent un peu le temps et puis l'intrigue reprend de plus belle. Ce style percutant permet d’imprimer je suppose Thierry, une montée en puissance ? le lecteur doit être maintenu en apnée….


⦁ T.B. Les lecteurs évoquent souvent cette lecture en apnée et ce sentiment d’assister à une fin inéluctable. Je ne l’ai pas voulu. Encore une fois, le récit s’est imposé et je n’ai jamais ressenti le besoin d’enchainer les péripéties pour créer une tension.

"Ce qui reste de Candeur" est avant tout une aventure humaine, fort banale somme toute. Et s’il y a une part d’inéluctabilité, elle est surtout dans la rencontre de Thomas et de Delphine. S’il y a un style d’écriture particulier, il ne m’appartient pas. Quant à la violence, et si on parle de puissance, je voulais imposer les deux, celles de la nature, des éléments, qui ont la capacité à briser toutes les déterminations humaines. J’avais cette image d’une armée balayée par un coup de vent, d’hommes animés par une volonté d’imposer leur vengeance mais trouvant plus fort et dangereux qu’eux.

Et puis, plus prosaïquement, j’ai été confronté à des tempêtes dans la Montagne Noire et dans les Alpes. Une fois à pied et lors de raids en ski. J’ai vécu dans ma chair ce qu’est une chute de température de 15 degrés, un dévissage sur une face nord ou dans un ravin, un saut dans le vide, des traumatismes corporels. J’ai voulu parler de ces moments qui balaient tout ce que tu as vécu jusque-là : tu t’accroches à la vie, quelle que soit cette vie, ou bien tu lâches prise.

Et quand tu entends l’hélicoptère, tu sais que tu y tiens à cette misérable existence. Tu as tout fait pour.


⦁ BetP : Au fil des pages, j'ai vécu la lente descente aux enfers de Thomas Boral.... je l'ai vu happé dans une spirale le rapprochant inexorablement de l’œil du cyclone.....ce roman sert aux lecteurs une sorte d' intrigue en forme d'entonnoir.....d'où vous est venu, Thierry Brun, l'idée de ce récit de la rencontre d'un repenti tourmenté et d'une belle vénéneuse ?


⦁ T.B. C’est la rencontre d’une femme qui va ramener un homme à la vie. Il n’en attendait plus grand-chose, sans en avoir conscience, et elle va le mettre sous perfusion d’émotions. C’est l’idée primale du récit. Delphine est une enfant de la Nature, elle est la tempête, l’orage et le soleil, encore le soleil, et elle redonne à Thomas de ce qu’il a perdu. La nature est anarchique, chaotique.

L’homme a créé, entre autres, la maitrise et le temps, le gain et la perte, notions artificielles, et s’est égaré dans ces combats purement techniques. Là, on est vraiment dans les premières pulsions d’écriture de "Ce qui reste de candeur".


⦁ BetP : Dans les 50 dernières pages, tout s'accélère...et c'est très cinématographique.....toutes les pièces du puzzle s'emboitent.....et il ressort que Thomas BORAL a été un pion dans le scénario final, peut-être a-t-il croisé les mauvaises personnes, peut-être s'est-il uniquement trouvé au mauvais endroit au mauvais moment mais qu'en fin de compte, c'est un mal pour un bien.....c'est ce qui reste de candeur en lui.....cela fait de lui un pion essentiel au récit.

En extrapolant, je dirais que Thomas BORAL et Delphine était fait pour se rencontrer parce qu'ils ont le même objectif : faire table rase de leur passé...

.

⦁ T.B. Ordo Ab Chao…

Un nouveau chaos pour réordonner nos vies, accepter qu’une tempête, - sociale, humaine, naturelle, virale - , détruise tout pour que les survivants réapprennent à vivre en communion avec leurs sentiments premiers, primaux ? Je me suis posé ces questions, mais une fois le manuscrit achevé.

Thomas est enfant de la violence organisée, celle qui équilibre les forces en présence entre les communautés rivales. On peut parler de partis politiques, d’officines, de gangs, de mafias. Toutes ces corporations s’agitent selon ces principes.

Si Thomas était un pion, c’était avant, sous les ordres de Franck Miller, puis ensuite sous l’autorité de la justice et des policiers.

Delphine lui rend sa peau d’humain, elle casse le pion, la logique de jeu d’échec, elle balaie les pièces, – elle casse tout, en fait - et précipite Thomas vers sa vérité. Delphine révèle Thomas à ce qu’il est : un être vivant.

Elle lui offre l’opportunité d’aimer à nouveau, et oui, vous avez raison, de faire table rase du passé. Faisons table rase. Brûlons tout, reconstruisons si nous en avons le courage, c’est sans doute le vœu.


La conclusion de "Bulles & Polar" :

Ce court roman de 192 pages est un petit noir corsé et bien serré, goûtu aux arômes de la Montagne Noire, que l'on déguste à petites gorgées au début, histoire de bien s'imprégner de la tension croissante et dont on avale goulument les dernières gouttes à la fin tellement on est pressé de connaître le dénouement.

Merci Thierry Brun pour tous ces éclaircissements et longue vie à "Ce qui reste de candeur" paru en Février 2020 chez Jigal Polar.


jeudi 6 février 2020

Lisez ! Romans polars et policiers. Thierry Brun, Ce qui reste de candeur. Editions Jigal

"Dans les nouveautés des éditions Jigal,  Ce qui reste de Candeur, dont voici un extrait pour vous donner envie de découvrir ce livre sensible et noir"

"... Il se déplaçait comme un gymnaste ; souple, puissant, tranquille. Son visage était empreint de la fermeté qui figeait ceux des militaires commandos ou des gendarmes rodés aux interventions. Le genre de type qui protégeait des dignitaires, capable de jauger une situation rien qu’à la manière dont l’agresseur tenait son arme, qui connaissait les effets de certains calibres dans les organismes, qui avait étudié les dégâts en fonction des ogives et des poudres utilisées…"

"... J’étais fasciné par cette faculté qu’avaient certaines femmes de s’acoquiner avec des hommes violents et stupides, qui se fourraient dans les pires déboires à la première occasion, comme si elles sautaient à pieds joints pour mériter le grand bain, celui des vraies nageuses, des affranchies, et surtout pour ne plus avoir pied et de l’eau jusqu’au cou..."  


Ce qui reste de Candeur

 

jeudi 30 janvier 2020

Lisez ! Livres polar et romans policiers. Thierry Brun, Ce qui reste de candeur. Jigal

"Dans les nouveautés des éditions Jigal,  découvrez un livre sensible, addictif, qui va vous tenir en haleine de la première à la dernière phrase, un roman noir et aussi un roman d'amour,  un regard sur une réalité sociale et contemporaine"


Extrait :

"Je laissais toujours des bombes de défense et des matraques à proximité, dans la chambre, le salon, la cuisine et le garage, aux endroits où la main pouvait naturellement tomber dessus. Les petits modèles étaient les plus pratiques. À l’époque, j’étais extrêmement rapide, je m’entraînais et j’esquivais bien aussi. Je ne craignais pas les affrontements, mais je n’étais ni un combattant ni une tête brûlée et si, dans le passé, je m’étais retrouvé dans des situations compliquées, c’était parce qu’il n’y avait personne d’autre pour y aller… Miller m’avait aussi embauché pour ça" 

" ...Et, à l'époque, j'avais à peine levé les yeux sur Delphine, enregistrant plus ou moins son prénom, relevant tout juste sa blondeur sous la parka. Il ne fallait pas grand-chose pour se faire une idée de l'ambiance qui régnait au sein d'un couple, une simple absence, parfois un regard ou un silence, et tout était dit..."



Pour le découvrir


jeudi 15 août 2019

Premier Chapitre. Polar Impact.


"Zoulou inspira profondément.
Elle repoussa la chaise sur laquelle elle était assise. D’un doigt ganté, elle dégagea ses mèches brunes, réajusta son oreillette et bloqua le micro bâton contre ses lèvres. Elle décontracta ses muscles en roulant des épaules, puis fit quelques pas dans la chambre de bonne. Son propriétaire, immobilisé au sol, menotté et réduit au silence, sursauta puis ne bougea plus.
La terroriste enfila son blouson, le zippa jusqu’au menton. D’un geste ample du bras, elle empoigna le fusil de précision qui reposait contre le mur. Elle ouvrit la fenêtre, positionna le bipied sur le rebord en béton, abaissa le guidon de l’arme.
Cinq étages plus bas, l’ancienne voie romaine Mouffetard, pavée et étroite, coupait les rues Broca et Censier. La jonction, endroit choisi pour l’attentat, dessinait une place en forme de cœur et le trottoir s’élargissait, amenuisant sensiblement l’espace de la chaussée.
C’est là que le premier impact clouerait le véhicule de la cible.
La tireuse embusquée avait attendu le dernier moment, diminuant ainsi les risques d’être repérée. Elle pointa le canon de son fusil en direction du carrefour Italie-Choisy, colla son œil au viseur. Les détails de la scène envahirent son champ de vision : deux Toyota noires remontaient le boulevard Saint Marcel à faible vitesse, obliquèrent, se rapprochèrent, puis se garèrent dans la contre-allée de Bazeilles.
Dans son système d’optique, Zoulou s’attarda sur les individus qui se tenaient dans les RAV4, l’escorte du capitaine d’industrie Alexandre Vottin.
Elle détecta un mouvement qui lui fit froncer le sourcil : un homme les bras encombrés d’une poussette venait de sortir d’un immeuble. L’invité surprise déposa son fardeau, alluma une cigarette et fit quelques pas devant les portes de la paroisse Saint Médard que l’industriel Vottin devait franchir pour assister à la messe de huit heures. Une femme rejoignit le fumeur. La mèche douteuse, la face sévère, elle maîtrisait d’une main ferme l’enthousiasme d’une fillette et ployait sous le poids d’un poupin emmailloté. Elle apostropha son mari, puis elle pivota, visiblement excédée, et tança vertement sa chère tête blonde.
Un tic agita la joue de la tueuse. Comme elle le craignait, le couple masquait la ligne de tir…
Zoulou se déplaça sur le côté, perdit de la visibilité et jura entre ses dents.
– Tormac à Zoulou : la Merco. Trente secondes.
– Zoulou à Tormac. Problème.
– Vingt secondes… Dix, égrenait Tormac. Problème ?
– Pékins, en plein dans le champ !
– Démerde-toi.
À cet instant, respectant le planning prévu, une Mercedes acier s’immobilisa au niveau des Toyota. Quelques paroles furent échangées par les vitres baissées puis les berlines redémarrèrent les unes derrière les autres. Dans les reflets changeants des pare-brise, les mines sombres des gardes du corps d’Alexandre Vottin paraissaient défiler au ralenti, en images stroboscopiques.
Zoulu grogna de mécontentement.
Point de vue réduit à néant par l’angle trop vertical.
Sans attendre une seconde de plus, Zoulou désajusta le bipied, arracha la lunette de visée, puis d’un mouvement assuré, le dos bien droit, cala la crosse du fusil haut sur son épaule.
L’index contre le pontet, elle fixa les trois automobiles en libérant l’air bloqué dans ses poumons…
Puis, elle inspira profondément, apaisant son rythme cardiaque.
Concentrée, la tueuse cassa son buste, se pencha, chercha une meilleure perspective. N’en trouvant pas, elle se haussa sur la pointe des pieds, bascula à demi le tronc hors de l’encadrement de la fenêtre, retrouva une vision claire de la scène.
Elle frémit. Tout le monde pouvait la surprendre. C’était n’importe quoi.
– Tormac ! ? Tormac ?!
Silence, puis l’injonction brutale.
– La Merco. Action. Ordre au feu.
– Négatif.
– Respect des consignes. Ordre au feu, Zoulou !
– Négatif. Un couple, deux mômes, à onze heures. Sont dans l’objectif.
– La Mercedes Zoulou ! Qu’est-ce tu fais, merde ! ? Mathilde et Thierry sont prêts !
– Non. Trop risqué.
– Rien à foutre des civils ! Bute-les !!! S’égosilla Tormac
Zoulou expira avec fureur, décolla l’arme de son épaule comme le font parfois les chasseurs, tenta de trouver une fenêtre de tir entre le père qui, clope au bec, se baissait, fourrageait sous la poussette. et la mère qui, l’espace d’un battement de cœur, s’agenouillait aux pieds de sa fille.
Maintenant.
Résilia écrasa deux fois la queue de détente, se pencha violemment au-dessus du vide, doubla ses salves avec méthode, choisissant les axes qu’elle jugeait les plus appropriés. Les balles perforantes percèrent le blindage de la Mercedes comme des cailloux jetés dans une fine pellicule de gel.
Les coups de départ percutèrent le silence du quartier. Aussitôt, des têtes effarées apparurent aux fenêtres.
La tireuse hurla, de rage, de joies mêlées.
– C’est fait ! C’est fait !
La Classe S400 avait tressauté sous les impacts.
Dans les secondes frappées de stupeur qui suivirent, une portière s’ouvrit libérant une forme qui glissa sur le trottoir.
Les gardes du corps jaillirent des Toyota : quatre cernèrent la Mercedes, en protection, déployèrent des boucliers souples, firent un rempart pour abriter leur patron blessé. Deux autres se positionnèrent en contre-feu.
Zoulou se recula dans l’ombre de l’appartement.
Avec un temps de retard sur le timing prévu, Mathilde Navostky, Thierry Silent et Adrian Baroumé, membres du commando terroriste « Faction Armée » surgirent d’une Renault garée rue Censier.
Mathilde Navostky, courait, son bras armé tendu droit devant elle et fit feu à plusieurs reprises. La riposte fut immédiate : trois projectiles traversèrent sa poitrine à vitesse subsonique et l’activiste tomba sur les genoux, la bouche ronde de surprise.
Ses camarades hésitèrent, freinèrent leur course. Le premier, Thierry Silent, trébucha, touché à l’épaule par une balle. Il laissa échapper son arme, tenta de le ramasser, tourbillonna sur les talons et s’effondra tête la première entre deux autos. Blessé et apeuré, le révolutionnaire se releva, chercha du regard son semi-automatique qui avait glissé dans le caniveau, puis, ne le trouvant pas, il détala, courbé en deux, abrité par la file des véhicules en stationnement. Après un dernier coup d’œil pour sa partenaire qui se traînait sur les pavés, il fila en direction de la rue Monge.
Le second demeura figé au milieu de la chaussée. Adrian Baroumé jeta soudain son pistolet comme s’il lui brûlait la main. Il se répétait que c’était trop con : il n’avait pas vu les choses comme ça. Tout avait été trop vite et il ne voulait pas mourir. Oubliant qu’il n’avait pas affaire à la police, il leva les bras en signe de réédition.
À couvert derrière leur bouclier, les gardes du corps vidèrent avec frénésie leurs chargeurs.
De son cinquième étage, incapable de réagir, Zoulou assistait au carnage. Elle aurait souhaité prêter main-forte à ses camarades, mais elle avait déjà trop tardé. C’était fini. Des larmes dans les yeux, elle décrocha, dévala l’escalier, abandonnant le fusil, et dans son oreillette la voix nouée de Tormac constatait l’évidence.
– Tu as tout foiré. C’est la merde, Alice. Putain, c’est la merde !"
La Ligne de Tir. Thierry Brun. Éditions Le Passage.